Une histoire

Une histoire

Une histoire

La Réserve naturelle du Marais d'Orx n'a pas toujours été un site naturel protégé. Retrouvez ici toute son histoire.

 

L’histoire en quelques lignes

Le Marais d'Orx est une entité géologique dont la création remonte à 3 millions d’années. Avec la formation d’un cordon dunaire le long du littoral landais empêchant les eaux de ruissellement de s’écouler vers la mer, un chapelet de zones humides se crée donnant vie à des lacs, étangs et marais. Jusqu’à la fin du Moyen âge, les Landes ne sont alors qu’une vaste zone humide marécageuse.

En 1808, Napoléon Ier ordonne l’assèchement du marais aux frais de l’Etat.  

Dès le milieu du XIXème siècle, le Marais d’Orx fait l’objet de travaux titanesques destinés à l’assécher à des fins agricoles. Il devient rapidement un vaste polder d’environ 1000 ha composé de 4 « casiers » interdépendants, ceinturé de canaux et de digues. 

L’écoulement naturel de l’eau vers l’exutoire ne suffisant pas pour un assèchement total (le fond du marais se situant à une altitude inférieure à celle du fond du canal), des systèmes de pompage seront installés afin de permettre un assec quasi-total du Marais et l’installation d’une exploitation agricole florissante. 

Ce n’est qu’à partir des années 1980, période de maïsiculture intensive, que le site poldérisé, trop coûteux à entretenir, change alors de vocation. Le dernier propriétaire cesse progressivement son activité agricole et la remise en eau progressive attire rapidement une exceptionnelle diversité d’espèces, d’oiseaux en particulier, motivant le rachat par le Conservatoire du Littoral en 1989 (avec l’aide financière du Fonds Mondial pour la Nature (WWF).

800 ha sont alors soustraits à l’agriculture intensive puis restaurés en zone humide, ce qui représente à l’époque le plus grand projet de renaturation jamais réalisé en France, consacré par le classement en Réserve Naturelle Nationale en 1995.
 

 

Carte éditée en 1808

 

 

L’empreinte de Napoléon III

Dès le début du XVIIIème siècle, des tentatives d'assèchement du domaine ayant pour but de le rendre cultivable sont engagées. Ce n’est seulement qu’en 1840 que les premiers travaux commencent suite à la visite de Napoléon I et la signature trente-deux ans auparavant d’un décret ordonnant l’assèchement.

Monsieur Lefebvre-Béziers, architecte ayant acquis les droits de succession du domaine en 1850, réussit à configurer le marais tel que nous le connaissons actuellement, c'est-à-dire avec ses canaux de ceinture, ses digues et ses collecteurs. Il engage pour cela 400 ouvriers qui, 15 mois durant, vont creuser 7 kilomètres de rigoles, 20 kilomètres de canaux, 40 kilomètres de fossés !

Le comte Walewski (fils naturel de Napoléon Ier), ayant reçu le domaine par donation de Napoléon III (neveu de Napoléon Ier), commence à assécher le marais grâce à un système de pompes hydrauliques (conçues en 1863) et frappées d’une aigle impériale gravée dans la pierre, encore visible aujourd’hui. En parallèle de cet assèchement, 32 métairies sont également installées pour l’exploitation du site (élevage, polyculture…). Certaines d’entre-elles sont aujourd’hui restaurées et aménagées en gîtes ruraux.

A la mort du comte, Napoléon III rachète le domaine pour en faire cadeau à ses deux fils : le comte de Labenne, héritant du droit de chasse et de la jouissance de la maison Lefebvre-Béziers (aujourd’hui maison d’accueil de la réserve), et le comte d’Orx qui se consacre à l’agriculture. Ce dernier mourra en chemin vers l’Allemagne, parti à la recherche d’une meilleure technologie de pompage.
 

 

Canal amenée pompes.jpg
Construction canal amenée pompes.jpg
Aigle impérial.jpg
Pompes Franco TOSI.jpg
Mur Pompes Napoleon.jpg
Béziers 1917 bandeau.jpg

 

La nature en embuscade

En 1913, la famille Coyola devient pour plus de 50 ans le nouveau propriétaire du domaine du marais d’Orx. Avec l’arrivée de l’agriculture moderne, intensive, celle-ci se dote d’une station de pompage à énergie électrique. Même si la deuxième guerre mondiale voit la création de deux casemates de détection et de radionavigation par les Allemands au milieu des champs de maïs, le domaine prospère jusqu’aux grands chocs pétroliers des années 1970.

 

Le Marais d'Orx dans les années 80

 

« L’arrêt de la culture lance le signal d’un assaut gigantesque. » (Jean-Stéphane Devisse, premier conservateur du site du marais d’Orx).

 

 

Mais face aux surcoûts de production, les divers propriétaires qui suivent sont contraints de cesser petit à petit l’activité agricole. Inexorablement, les eaux reconquièrent les terres, jadis asséchées, et la nature reprend ses droits. 

Hérons pourprés, Grèbes huppés, Hérons bihoreaux, Canards sauvages, poissons, grenouilles et autres animaux recolonisent le marais et la vie sauvage renaît au Marais d’Orx.

Le Marais d’Orx fait alors l’objet de nombreuses convoitises. Heureusement, avec la promulgation de la loi Littoral en 1986, les projets économiques et touristiques ne peuvent aboutir. Le Conservatoire du Littoral se voit offrir l’opportunité en 1989 de mettre en action son plan d’acquisitions foncières à des fins de protection et de réhabilitation du patrimoine naturel soutenu financièrement par la première organisation mondiale de protection de l’environnement qu’est le World Wildlife Fundation (WWF).

 

Logos Conservatoire du littoral et WWF

 

Les années 90 seront l’occasion de mener des inventaires et de dresser un état des lieux de la biodiversité de la zone en pleine renaturation ; ces nombreuses données naturalistes permettront au site du Marais d’Orx d’obtenir plusieurs reconnaissances en termes de statuts et classements.

Le Marais d’Orx est protégé par le statut réglementaire des Réserves naturelles nationales depuis sa création en 1995, mais également par la maîtrise foncière inaliénable de l’unique propriétaire, le Conservatoire du Littoral. Le site est également classé site Natura 2000 au titre des directives Habitats-Faune-Flore et Oiseaux, depuis 2004 et 2015. Il est aussi classé site RAMSAR depuis 2011, et concerné par les inventaires Zone Naturelle d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF, 1993) et Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux (ZICO, 1991).

Le Marais d’Orx est donc aujourd’hui un site naturel doté d’un statut de protection et/ou reconnaissance à l’échelle nationale (Réserve Naturelle Nationale), européenne (Natura 2000) et mondiale (RAMSAR).

Logos RN N2000 Ramsar

 

Le Marais aujourd'hui

 

Vue du ciel Marais Orx 1.jpg

 

La réhabilitation de cette zone humide par une ambitieuse gestion de renaturation des habitats alors dégradés, ouvre la voie à sa redécouverte par le public. Aujourd’hui, avec 298 espèces d’oiseaux recensées, il possède une valeur patrimoniale naturelle majeure, mais aussi une vraie richesse historique. En effet, si la faune et la flore présentes sur le marais sont remarquables, les infrastructures, héritages de son histoire et de son évolution, telles les pompes hydrauliques construites en 1863 sous Napoléon III, le sont tout autant. Les deux facettes du site sont aujourd’hui intimement liées, l’ancien système de pompage du domaine agricole étant à présent au service de la renaturation des habitats humides et de l’accueil de l’avifaune, en permettant au gestionnaire de réguler les niveaux d’eau sur les différents « casiers ». 

Le marais, véritable réservoir de biodiversité, accueille des centaines d’espèces d’oiseaux, des mammifères dont une vingtaine de chauve-souris, des insectes, des reptiles et amphibiens ..., ainsi qu’une flore spécifique aux milieux humides. Le site abrite également un grand nombre d’espèces, parfois rares et menacées, faisant l’objet d’une protection forte (Cistude d’Europe, Vison d’Europe, Cuivré des Marais, Agrion de Mercure, Anguille d’Europe …). Composé d’une mosaïque d’habitats humides sur plus de 1000 ha, le Marais d’Orx est devenu un site ornithologique d’envergure internationale et la présence de cette avifaune riche et diversifiée dépend tout autant des conditions de repos et quiétude que de la nourriture en abondance. Niché au pied des Pyrénées et à proximité de la côte Atlantique, le Marais d’Orx est idéalement situé sur le couloir principal de migration ouest-européen et c’est aujourd’hui une halte privilégiée pour les oiseaux migrateurs. Il prend toute son envergure à l’arrivée des premiers froids, en accueillant des milliers d’oiseaux en hivernage (anatidés, limicoles...). Le site revêt aussi une importance majeure pour des espèces emblématiques comme la Spatule blanche, dont un tiers de la population Nord Atlantique y fait escale lors de sa migration d’automne, ou encore le Balbuzard pêcheur, rapace piscivore, à nouveau nicheur.

Le site est encore aujourd’hui scindé en plusieurs grandes zones :

  • le marais Barrage, situé dans le périmètre de la réserve naturelle zone ouverte en accès libre au public ;
  • le marais Central, situé dans le périmètre de la réserve naturelle, constitué principalement d’espaces en eau ;
  • le marais Nord, également classé en réserve naturelle et dominé par des milieux ouverts de type prairial;
  • le marais Burret, situé hors du périmètre de la réserve naturelle ;
  • l’espace Béziers, situé hors du périmètre de la réserve naturelle et englobe la Maison du Marais, la Maison Béziers et les espaces de stationnement ;
  • la Route Départementale 71 de Labenne à Orx, située dans le périmètre de la Réserve Naturelle Nationale.

 

Carte du Marais d'Orx

 

Le fonctionnement hydraulique du Marais d’Orx n’est guère différent aujourd’hui de celui de l’époque :

L’ensemble des marais est ceinturé par une digue permettant de les isoler hydrauliquement du bassin versant. L’évacuation des eaux du bassin versant s’effectue donc par des canaux de ceinture longeant les digues pour rejoindre le Boudigau, rivière se jetant dans le port de Capbreton ; les ouvrages hydrauliques permettent de mettre en communication les canaux de ceinture et les marais mais également les marais entre eux ; Le niveau d’eau des marais est géré par une station pompage située à l’extrémité sud du Marais Barrage.

Toutefois, la gestion hydraulique conduite actuellement n’a plus pour but d’assécher le marais afin d’y cultiver du maïs mais est menée à des fins de renaturation écologique et de gestion des crues.

En effet, le Marais d’Orx joue un rôle indispensable dans la gestion des crues, comme zone d’expansion des eaux du bassin versant lors des épisodes pluviométriques de plus en plus violents et intenses, mais aussi dans la régulation du climat en stockant de grandes quantités de carbone. 

Préserver ce type d’écosystème est donc primordial dans la lutte contre le changement climatique. Depuis le XVIIe siècle, plus de 80% des zones humides en France ont été asséchées. Celles qui subsistent aujourd’hui font figure de reliques et le Marais d’Orx représente un véritable poumon dont la réputation dépasse largement les frontières des Landes. Il constitue un espace unique pour comprendre le fonctionnement et l’intérêt des zones humides.
 

Retrouvez la faune de la réserve naturelle sur la page "Une biodiversité".