Programme Balbuzard pêcheur

Suite à plus de 15 ans d’actions de conservation et de suivi menées par les Réserves Naturelles Nationales des landes (Marais d’Orx, Etang Noir, Courant d’Huchet), le Syndicat Mixte de Gestion des Milieux Naturels (SMGMN) a décidé en 2017 de lancer un programme en faveur du Balbuzard pêcheur en Nouvelle-Aquitaine.

Ce programme (2017-2021) a pour principal enjeu de reconnecter les grandes populations du nord de l’Europe aux populations isolées situées au sud. Il répond à l’ensemble des critères dictés par l’UICN et a reçu l’appui de nombreux experts scientifiques. Il est structuré autour de trois grands objectifs :

  • concourir à l’existence d’une métapopulation de Balbuzards pêcheurs dans le sud-ouest de la Nouvelle Aquitaine au Pays Basque espagnol (par l’installation de plateformes artificielles, la mise en place de protocoles de suivi de l’espèce présente et par des actions de partenariat avec des propriétaires et gestionnaires de sites susceptibles d’accueillir l’espèce…) ;
  • former un cœur de population reproductrice de Balbuzard pêcheur dans le sud-ouest de la Nouvelle Aquitaine en cohérence avec le plan de sauvegarde européen (par la mise en œuvre de la technique de translocation) ;
  • favoriser le partage de connaissances sur le Balbuzard pêcheur en fédérant un réseau de partenaires et d’acteurs sur le territoire.

Le Balbuzard pêcheur, 5è rapace le plus menacé en France

Le Balbuzard pêcheur, espèce emblématique, est aujourd’hui considéré comme le cinquième rapace le plus menacé de France. Grâce aux différentes mesures de protection déployées en Europe, les populations se reconstruisent et l’aire originelle de l’espèce est peu à peu retrouvée. Malgré une situation plus favorable, la recolonisation de l’espèce reste lente (en raison d’un caractère philopatrique marqué : tendance de certains individus à rester ou à instinctivement revenir à l'endroit où ils sont nés, ou sur leur site d’envol, pour se reproduire ).

Récemment, un plan européen de sauvegarde du Balbuzard pêcheur a été voté par le Comité permanent de la Convention de Berne en 2016. Ce dernier met en avant une fragilité des populations situées dans le sud de l’Europe mais également un manque de connexion entre les populations abondantes du nord et celles de plus faibles effectifs situées dans le sud. Ce plan prévoit notamment d’avoir recours à la mise en place de programmes de translocation.

Carte de répartition des populations reproductrices de Balbuzard pêcheur en Europe et Afrique du nord et des projets de réintroduction (situation 2019)
Volière

 

La technique de translocation

Cette technique dite du « taquet », aujourd’hui bien maîtrisée, connait un fort succès et permet la formation plus rapide de nouveaux noyaux de populations indispensables à la connexion des populations isolées. Elle consiste à prélever en milieu naturel des jeunes individus non volants au nid et de les placer en volière sur leur nouvelle zone de lâcher. Dans un premier temps, nourris en minimisant le contact avec l’homme, les individus s’émancipent au fil des semaines, et une fois autonomes et volants, sont lâchés et approvisionnés en poisson frais à l’extérieur des boxes jusqu’à leur départ en migration. Environ 3 ans après leur envol, en raison du comportement philopatrique et semi-colonial marqué de l’espèce, 1/3 environ des oiseaux reviendront se reproduire dans le secteur géographique de leur zone d’envol.

La Réserve naturelle du Marais d'Orx, un site de choix

La Réserve naturelle du Marais d'Orx propriété du Conservatoire du Littoral, présente toutes les caractéristiques favorables pour la pleine réussite d'un programme de translocation (site protégé et zone d’hivernage pour l’espèce, quiétude, disponibilité alimentaire…).

La population source

Pendant 4 années successives, le programme prévoit de mener un prélèvement raisonné, basé sur la réussite de la reproduction, de 6 à 12 jeunes par an au sein du noyau d’une 40aine de couples installés en forêt d’Orléans et en Sologne (dont la forêt du Domaine national de Chambord). En effet, la région Centre Val-de-Loire (en particulier les départements 41 et 45) abrite les effectifs de Balbuzard pêcheur les plus importants de France continentale. Cette recolonisation a été rendue possible grâce aux actions de surveillance, de suivi et de conservation menées par de nombreux acteurs du territoire de la région Centre-Val de Loire (Office national des forêts, gestionnaires forestiers privés, associations naturalistes, Muséum d’Orléans, RTE…), depuis la réinstallation de l’espèce, il y a 30 ans, et la mise en œuvre de deux Plans Nationaux d’Action en faveur du Balbuzard pêcheur, déclinés à l’échelle de la région Centre-Val de Loire.

Le cadre réglementaire et partenarial

La translocation impliquant de déroger à la réglementation sur les espèces protégées, les demandes d’autorisation administratives correspondantes ont été déposées auprès des services de l’Etat, et les conseils scientifiques régionaux et national ont été amenés à se prononcer sur le projet. Par arrêté préfectoral conjoint des Préfets du Loiret et du Loir-et-Cher, mais également du Préfet des Landes, les prélèvements, le transport et le relâcher de Balbuzards ont ainsi été autorisés pour permettre le programme de translocation.

Afin d’assurer une pleine réussite du programme de réintroduction, celui-ci a été mis en place dans une démarche concertée avec les divers partenaires et acteurs du territoire concernés.

Ce programme est financé à 80% par le Fonds européen de développement régional (FEDER).

 

Balbuzard équipé d'une bague orange - ici T13 (2019)

La saison 2018-2019

Au total ce sont respectivement 9 puis 8 individus qui ont pris leur envol depuis les volières respectivement en 2018 et 2019.

Les oiseaux prennent leur envol vers la mi-juillet mais ne partent en migration qu'un mois plus tard a minima en direction du sud. Pour information, les principaux quartiers d’hivernage se trouvent sur les côtes d’Afrique de l’ouest, même si des cas d’hivernage d’oiseaux français au niveau de la péninsule ibérique sont de plus en plus fréquents.

Après avoir passé un an et demi sur les quartiers d’hiver, et en attendant d’atteindre la maturité sexuelle, seul un tiers des jeunes survivra et reviendra pour tenter de se reproduire. Cette forte mortalité enregistrée durant les deux premières années est connue chez de nombreux oiseaux migrateurs.

Afin de pouvoir identifier et suivre les oiseaux, une bague orange gravée d’un code unique a été installée sur la patte de chaque individu. Ce système de marquage permet d’individualiser les oiseaux et de les détecter à grande distance (environ 250 mètres) grâce à une longue-vue.

Le retour des premiers oiseaux relâchés en 2018 est espéré pour le printemps/été 2020. Pour leur retour, un réseau de plateformes artificielles a été installé sur des sites stratégiques dans le but d’assurer une tranquillité et une protection des premiers couples nicheurs.

Un Balbuzard espagnol s’invite dans les Landes en 2019

Ayant pris fin en 2017, et après 5 ans de lâchers, le programme de translocation en Pays-Basque espagnol (situé à 100 km à vol d’oiseau de la RNN du Marais d’Orx) a déjà connu ses premiers retours d’oiseaux. Pour le moment la reproduction n’a pas été confirmée de l’autre côté des Pyrénées, mais certains individus ont été observés dans les Landes. Le dernier en date est l’individu portant la bague codée U18. Pour son premier retour de son quartier d’hivernage (probablement Afrique de l’Ouest) il a été observé pour la première fois sur la RNN du Marais d’Orx le 29 juillet 2019 en compagnie des jeunes qui l’ont attiré. Une excellente nouvelle !

Balbuzard issu du programme espagnol U18
Suivi télémétrique des oiseaux

 

Un balbuzard allemand photogénique en villégiature dans le sud des Landes

La fin de l’automne signe généralement la fin de migration des balbuzards reproducteurs et de leurs progénitures, originaires pour la plupart de France continentale et du nord de l’Europe. Cette période de l’année laisse ainsi place aux cantonnements d’ oiseaux hivernants sur notre région.
Même si des milliers de balbuzards (la plus grande majorité) décident de gagner l’Afrique de l’ouest pour passer l’hiver, c’est dans une moindre mesure que certains décident de séjourner en Péninsule Ibérique avec 359 à 389 individus contactés durant l’hiver 2016/2017(Sociedad Gaditana de Historia Natural, 2017).

Pour la France continentale et plus précisément en ex-Aquitaine, la rencontre avec l’espèce en hiver est beaucoup plus hasardeuse mais détectable en ciblant les zones de prédilection généralement réoccupées d’hiver en hiver. Les premières preuves d’hivernage du Balbuzard pêcheur dans la région date du milieu des années 80 dans le département des Pyrénées atlantiques, le long du gave de Pau (A. Guyot, 1990). Au fils des années, l’hivernage de nouveaux individus est constaté avec une  expansion de l’utilisation du réseau hydrographique aquitain et de nouveaux départements occupés comme les Landes et la Gironde. On estime à une petite quinzaine le nombre d’individus recensés sur les départements du 64, 40, 33 et 24 ces dernières années (P.Lesclaux & al., 2014).

Grâce au réseau de naturalistes et de photographes sur la région, les origines des rares individus bagués observés ont pu être découvertes par la lecture de bagues et parfois immortalisés à l’occasion de prospections ciblées ou de rencontres fortuites. Sur la minorité des individus bagués trouvés en hiver, on rencontre majoritairement des oiseaux originaires d’Allemagne et quelques données concernent des oiseaux français originaires de région Centre-Val-de-Loire. Le dernier en date, photographié et identifié le 21 novembre 2019 est un mâle français (bague orange alphanumérique ) hivernant sur le bassin d’Arcachon à 430 km de son lieu de reproduction en région Centre-Val-de-Loire. Cette donnée représente la distance la plus faible parcourue, du moins connue, d’un individu entre son lieu de reproduction et son lieu d’hivernage.

Généralement, la grande majorité de ses congénères français rejoignent  le Sénégal et la Gambie à plus de 4000 km pour hiverner. Tous ces oiseaux bagués et dont on connait leur parcours de vie révèlent bien souvent des anecdotes de ce genre. L’identité de cet individu a également révélé qu’il s’agissait du père biologique des 2 jeunes femelles transférées en 2018 sur la Réserve Naturelle du Marais d’Orx dans le cadre du programme de translocation aquitain (Rolf Wahl, comm. pers.).

En cette fin d’année 2019, et sans nouvelle jusque-là des balbuzards relâchés en 2018 et 2019 sur la RNN du Marais d’Orx séjournant sur des zones d’hivernage méconnues, c’est un balbuzard allemand (bague noire alphanumérique)  déjà visiteur de nos étangs landais  en 2016, qui a été photographié sur le lac d’Hossegor par Geoffroy Chabot le 24 et 25 novembre 2019.
Bagué à Lychen en Allemagne le 28 juin 2016, c’est en fin d’été de cette même année, que BA21 entamait sa première migration vers ses quartiers d’hiver et fut photographié le 11 septembre 2016 le long des barthes de l’Adour par Patrick Perrin.

Alors que les jeunes balbuzards de l’année passent quasiment 2 ans sur leur zone d’hivernage pour atteindre leur maturité sexuelle avant de regagner leur terre natale, BA21 fut de nouveau photographié le 28 avril 2017 sur la RNN du Marais d’Orx par Frédéric Cazaban, alors à peine âgé d’un an. Le 10 mai 2017, c’est 13 km plus au nord que des clichés de lui sont pris par Olivier Plantey. Après une année 2018 sans nouvelle, il est réobservé et photographié deux jours consécutifs en cette fin d’année 2019 sur le lac d’Hossegor (carte 1).

D’après les fréquences d’observation de BA21, identifié comme une femelle probable d’après son plumage sous-alaire, il y a fort à penser qu’elle figure parmi les oiseaux allemands ayant pris parti d’hiverner dans notre région. Au vu de son jeune âge (3 ans en 2019), il se pourrait  qu’elle ne soit pas encore appariée à un mâle et où son séjour prolongé dans les Landes pourrait, espérons-le, bien lui valoir la rencontre avec un des jeunes mâles relâchés en 2018, normalement de retour en 2020, et ainsi peut-être former un couple.

Bibliographie

Hivernage du Balbuzard pêcheur dans le sud-ouest de la France - Nos oiseaux, 40 : 373-374 – Andréas Guyot, 1990.
A propos de l’hivernage du Balbuzard pêcheur en France continentale et en Région Aquitaine -Paul Lesclaux, Stéphanie Darblade, Xavier Bailhès, Janvier 2014.
Invernada del Águila pescadora en la Península Ibérica - Resultados enere 2017 - Sociedad Gaditana de Historia Natural, 2017.

Remerciements

Le Syndicat Mixte de Gestion Naturels qui pilote le Programme Régional en faveur de l’espèce souhaite remercier les personnes citées dans cette note, qui ont partagé leurs données et sans qui, l’histoire de vie de ces oiseaux n'aurait pu être retracée.

Carte 1: Localisation des observations de BA21 de 2016 à 2019